La Jeunesse de la Bête
Un ancien flic vend ses services comme homme de main à la mafia locale. Pourtant, il n'hésite pas à provoquer une véritable guerre des gangs en vendant des informations aux plus offrants.
Vague suite du succès japonnais Detective Bureau 2-3, La Jeunesse de la Bête marque aussi le début des expérimentations de Seijun Suzuki (La Marque du Tueur). Sous la forme du film de gangsters classique, le réalisateur signe une oeuvre volontairement décalée et violente. Ainsi, ce qui pourrait passer pour un défaut de construction narrative ressemble plus dans ce cas à une tentative de renouvellement du genre. Car, plutôt que de filmer platement une histoire à la Yojimbo (Akira Kurosawa), Suzuki tourne le récit dans dans tous les sens et tire sur l'aspect violent et décalé du film. En conséquence de quoi certaines scènes paraissent encore osé de nos jours (la fille se faisant fouettée sur la plage). De plus, le personnage principal a un comportement violent et outrancier qui témoigne d'une certaine avance de La Jeunesse de la Bête sur son temps.
Il est aussi impossible de parler d'un film de Seijun Suzuki sans évoquer la beauté fulgurante de son oeuvre. Le film qui nous intéresse ici ne déroge bien sûr pas à la règle mais reste néanmoins en deçà de La Marque du Tueur, véritable point d'orgue du style du cinéaste.
La Jeunesse de la Bête est donc un bon film assez difficile d'accès. Il est, en effet, dur de tout saisir en raison de sa narration qui complique inutilement l'histoire. Pourtant cette bande est étonnante et marquante de part son étrangeté. Dommage alors de s'en priver.
Histoires de Fantômes Chinois
Un voyageur trouve refuge dans une maison pratiquement abandonnée. Cependant, la nuit, les esprits des défunts s'animent et les corps de leurs victimes reprennent vie !
Histoires de Fantômes Chinois est une production Tsui Hark de la seconde moitié des années 80. Ceci a son importance car si la mise en scène est réglée par Ching Siu-tung (chorégraphe de Shaolin Soccer), certains aspects du métrage semblent directement imputables au réalisateur de Seven Swords. Ainsi, la romance ou les effets pyrotechniques mêlés au kung-fu ressemblent aux cocktails souvent servis par Hark. Mais la grande réussite de cette bande hong-kongaise vient indubitablement des acteurs. L'interprétation est parfaite et le couple embrase régulièrement l'écran (la scène au bord de l'eau, la baignoire, etc.). A tel point qu'on se surprend à regretter la profusion de scènes d'action qui ponctuent le récit. En outre, si certaines séquences semblent prétextes et plutôt communes, le final est véritablement épique puisqu'il transporte les héros dans le monde des morts. Une audace narrative qui permet de renouveler agréablement le genre. Histoires de Fantômes Chinois se retrouve alors sans peine dans le peloton de tête du film de sabre orienté vers le fantastique.
Ainsi, doté d'une mise en scène solide et d'une interprétation remarquable (le génial Leslie Cheung), cette bande s'impose comme un indispensable du genre. Le public l'a d'ailleurs bien compris puisque le plébiscite offert au film a donné lieu à deux suites (beaucoup plus légères et dans l'ensemble moins équilibrées) et un film d'animation.
Hostel
Trois amis, deux américains et un islandais, passent des vacances en Europe de l'est et sont fermement décidés à passer du bon temps avec les beautés locales. C'est alors qu'un type rencontré à Amsterdam leur propose un plan sexe en Slovaquie près de Bratislava. Bien sûr, nos trois bouffons vont accepter le voyage.
Seconde réalisation d'Eli Roth après Cabin Fever, Hostel ressemble à un film d'exploitation des 70s. Ainsi, la présentation des personnages est étonnamment longue, mais plaisante, et se borne surtout à nous faire partager l'escapade rigolarde (et cul!) des trois étrangers. Puis, l'histoire dérape et entre petit à petit dans l'horreur pure et dure. Enfin, disons que le récit est tout de même loin d'être palpitant et que, malheureusement, Roth se repose sur les quelques scènes sanglantes pour délaisser finalement le suspense. Trop peu de tension donc pour un film aux effets pourtant réussis - dont certains très gores.
Reste qu'Hostel est une oeuvre délicieusement marginale, voir anachronique. Fortement éloigné du slasher ou de la bande eighties, ce film ressemble à une bouffée d'air frais en ces temps rudes pour l'amateur de viande rouge. En ce sens, il n'est pas étonnant de retrouver un vague sous-texte plus profond que la normale dans Hostel. Ainsi, la grande importance du groupe d'enfants voleurs ou la description faite de la jeunesse le prouve. Entre débiles prétentieux et amantes diaboliques, les jeunes gens de l'histoire sont irrécupérables (thème aussi présent dans Cabin Fever). Pourtant, il y a un espoir. C'est en tout cas ce que suggère la dernière action de la bande de gamins slovaques. Le monde n'est donc pas irrécupérable. Reste que tout ceci est plutôt maigre mais conforte la parenté de cette bande avec le vénérable Cannibal Holocaust, sans jamais portant en approcher la portée mythique.
Cette pellicule est donc assise entre deux chaises. Voulant à la fois verser dans l'horreur choquante et semblant aussi aborder un sujet plus noble, Hostel ne réussit franchement sur aucun des fronts. Pourtant, on ne s'ennuie pas une seule seconde et les scènes gores pourraient tout de même en calmer plus d'un. Eli Roth reste alors un bonhomme à suivre qui, s'il écrit mieux ces scenari, pourrait devenir vraiment efficace ; Hostel restant évidement le must de ce début d'année en matière de fendage de gueule !
News Fanzines
Régulièrement, je vous fais part des dernières parutions de fanzines gratos. C'est donc avec plaisir que je vous annonce les sorties quasi simultanées de Bis Art 6 et de Sueurs Froides 29.
Commençons par Bis Art numéro 6 qui nous emmène dans tous les genres du bis. Du Western à la catégorie 3 (films très violents et hongkongais) en passant par les productions Hammer, le sommaire est plus qu'alléchant ! A noter aussi, une rubrique actu DVD qui aborde un peu tous les genres ainsi qu'un super dossier consacré à la série la plus folle du chambara : Baby Cart. Du tout bon, gratuit comme d'habitude, à télécharger sur le site de Bis Art.
Passons maintenant au dernier Sueurs Froides, le numéro 29. Et là, c'est carément du lourd ! On y trouve vraiment de tout : actu DVD, films asiatiques, du Jean Rollin, des zombies flicks, et même de l'OSS 117. N'allons pas plus loin dans la description et fonçez télécharger ce magazine gratuit de plus de 120 pages !!!
Et, si vous êtes fan de cinoche asiatique, n'oubliez pas de vous rendre régulièrement que le site CinemAsia.
Je remercie aussi Frédéric pour la pub sympathique concernant les archives du blog qu'on trouve dans le dernier numéro de Bis Art. ;-)
Blueberry, l'Expérience Secrète
Mike apprend ce qu'est l'amour lorsqu'il le perd, tué par un coup de revolver du méchant Wallace... (Michael Madsen sous-exploité) Blessé, il est accueilli par les indiens de la région qui le guérissent et lui font partager leur culture. Mike devient plus tard représentant de la loi, ce qui le poussera à affronter ses démons lors d'un éprouvant voyage initiatique à l'intérieur de son esprit.
Véritable réussite formelle, Blueberry reste un film à part, une sorte d'oeuvre bizarre qu'on ne saurait réellement classer. Certes, on dirait du western. Pourtant, les figures imposées du genre sont pratiquement absentes, ou plutôt différentes. Ainsi, le duel final (l'énorme trip shaman) risque de laisser sur le carreau un grand nombre de fan de Leone. Seulement, il semble nécessaire d'aborder Blueberry avec un regard neuf, voir presque vierge. Car il faut se laisser bercer pour apprécier ce film de Jan Kounen. Réalisateur doué de Vibroboy et Dobermann, ce dernier a affiné son style très rentre dedans pour nous permettre de mieux nous absorber de l'atmosphère shamanique présente tout au long du récit. Un récit d'ailleurs peu intéressant puisque l'histoire sert ici vraiment de prétexte aux déferlements visuels des trips avec les indiens. De plus, l'interprétation est dans l'ensemble peu convaincante, et seule la stature et le charme naturel de certains (Madsen, Cassel) sauve cet aspect du film.
En somme, Blueberry s'impose plus comme un film véritablement visuel (comme peut l'être Legend Of Zu pour le wu xia pian) que le western attendu en regard du titre. Néanmoins, le sens de la mise en scène de Kounen et le caractère inédit de l'entreprise en font définitivement une expérience à tenter ainsi qu'une exception dans le paysage cinématographique français sclérosé par l'immobilisme.

